Face aux besoins croissants de financement de l’armée, le Conseil fédéral propose une augmentation temporaire de la TVA de 0,8 point, portant le taux normal de 8,1 % à 8,9 %.
Objectif affiché : générer environ 3 milliards de francs par an.
Si la nécessité de renforcer la défense nationale fait consensus, le mode de financement soulève des enjeux économiques significatifs.
Le coût direct pour les ménages
Une hausse de la TVA entraîne mécaniquement :
- Une augmentation des prix à la consommation
- Une baisse du pouvoir d’achat
Selon les données actuelles de consommation, un ménage moyen supporterait un surcoût estimé à environ 275 francs par an.
Mais l’impact ne se limite pas aux tickets de caisse.

Le coût indirect : pression sur les salaires et l’emploi
La TVA affecte également les ménages en tant que salariés.
En contexte concurrentiel, les entreprises ne peuvent pas toujours répercuter intégralement la hausse fiscale sur leurs prix.
Une partie de la charge pèse donc sur leurs marges, ce qui les conduit à ajuster leurs coûts, notamment :
- La masse salariale
- Les embauches
Des études menées dans 27 pays de l’UE montrent qu’une hausse d’un point de TVA entraîne en moyenne :
- Une baisse des salaires d’environ 3 %
- Une diminution de l’emploi de plus de 1 %
Les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre, les petites entreprises et les jeunes actifs sont particulièrement exposés.
Bien que le marché du travail suisse soit plus flexible que celui de nombreux pays européens, le mécanisme économique reste similaire : la TVA agit indirectement comme un impôt sur le travail.

Un avantage compétitif à préserver
Avec un taux de 8,1 %, la Suisse affiche l’une des TVA les plus basses d’Europe (la moyenne de l’UE dépasse 21 %).
Ce différentiel constitue un avantage compétitif significatif :
- Pression salariale plus modérée
- Soutien à l’emploi
- Attractivité économique renforcée
Une hausse, même temporaire, réduirait partiellement cet avantage.
Une alternative : agir sur les dépenses
Depuis 1990, les recettes fédérales ont augmenté d’environ 40 milliards de francs (corrigés de l’inflation), soit plus de 2 500 francs supplémentaires par habitant et par an.
Parallèlement, les dépenses militaires par habitant ont diminué d’environ 500 francs.
Le débat porte donc moins sur les recettes que sur la priorité donnée aux dépenses publiques.
Plusieurs analyses identifient des marges de manœuvre :
- Un potentiel d’allègement budgétaire estimé à 5 milliards par an (rapport Gaillard)
- Un volume de près de 50 milliards de francs de transferts et subventions fédéraux, encore peu rationalisés selon certaines études académiques
À cela s’ajoute un défi structurel : les dépenses sociales et de santé progressent plus vite que l’économie, sous l’effet du vieillissement démographique.

Impact macroéconomique : impôts vs économies
Une étude modélisée commandée par le Conseil fédéral compare deux scénarios :
- Augmentation de la TVA
- Ajustements structurels des dépenses
Résultat : les hausses d’impôts entraînent hausse des prix, baisse de la consommation, recul de l’emploi et affaiblissement de la croissance.
Les expériences internationales montrent que les consolidations budgétaires via les dépenses sont, à long terme, moins pénalisantes pour la croissance que les augmentations fiscales.
À retenir
L’augmentation de la TVA apparaît comme une solution rapide, mais comporte des risques économiques tangibles :
- Érosion du pouvoir d’achat
- Pression sur les salaires
- Impact sur l’emploi
- Affaiblissement potentiel de la compétitivité
Au-delà du débat budgétaire, l’enjeu est stratégique : faut-il financer les priorités publiques par une hausse de la fiscalité ou par une réallocation des dépenses existantes ?

